L'histoire des concerts à Saint-Pierre n'a jamais été faite1 et n'est pas facile à écrire.
Depuis la fin du XVIIIème siècle, en effet, le statut juridique de la cathédrale a changé plusieurs fois et les compétences respectives des instances politiques d'une part, religieuses de l'autre, n'y ont pas toujours été clairement délimitées. Ainsi, dans la Genève d'Ancien Régime, le Petit Conseil prend l'avis de la Compagnie des pasteurs avant d'accorder l'autorisation d'organiser un concert à Saint-Pierre. Dans la Genève révolutionnaire, le gouvernement se dispense de cette consultation, mais c'est alors le Consistoire qui proteste. Dès 1798, date de la « réunion » de Genève à la France, les temples comme tous les autres biens de l'ancienne République, sont placés sous l'administration de la « Société économique » et c'est à elle désormais qu'il appartient de se prononcer sur leur usage ; mais la Compagnie des pasteurs, devenue sous la Restauration l'organe dirigeant de l'Eglise de Genève, est régulièrement consultée. La Révolution radicale de 1846 marque là comme ailleurs une nette coupure. La « Société économique » est supprimée, les temples deviennent propriété municipale, le Consistoire est érigé en Parlement ecclésiastique, la Compagnie des pasteurs perd ses pouvoirs. Après deux ans de flottement et de conflits, un modus vivendi s'établit en automne 1848 : « Toute concession d'un temple pour un objet purement religieux, en dehors des services du culte, est faite par le Consistoire qui en informe le Conseil Administratif ; et toute autre concession est faite par le Conseil Administratif sur le préavis du Consistoire2. » L'octroi de Saint-Pierre pour un concert spirituel est donc dès lors du seul ressort des autorités religieuses, tandis que pour les autres concerts, on doit en principe s'adresser à la Municipalité. Ce régime va durer un demi-siècle. Après le vote de séparation de l'Eglise et de l'Etat en 1907, le Consistoire, exception faite des grandes cérémonies civiques traditionnelles, reste seul à décider de l'usage des temples, que cet usage soit « religieux » ou non. Mais la multiplication des concerts donnés à la cathédrale l'incite bientôt à déléguer ses compétences à la Paroisse de Saint-Pierre-Fusterie, qui, à son tour, s'en déchargera dès 1931 sur la « Commission de Saint-Pierre » chargée de la surveillance générale de la cathédrale.
L'historien doit donc consulter souvent plusieurs séries parallèles de registres ou de bulletins